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La nuit du 2 décembre 1959 à la base aéronavale de Fréjus-Saint Raphaël par Jean-Pierre Dubois

La plage disparaît. Le carré des officiers de la villa des Sables, ainsi que la villa du commandant, en bordure de mer à l’ouest de la base, sont totalement isolés, comme transformés en îlots. Peu après 22 heures, le flot cesse. L’équipage, un millier d’hommes au total, organise les premiers secours sous la direction de l’officier de garde, puis jusqu’à l’aube, participe à la récupération des corps ou au sauvetage de survivants entraînés par la boue glacée. Au lever du jour, de nombreux endroits sont encore  recouverts d’une faible hauteur d’eau qui s’écoule lentement vers un rivage nouveau creusé par la violence de l’inondation.

Le groupement des bâtiments au pied du château d’eau, commandement, administration, casernement, ateliers à l’entrée de la base a contribué à réduire les dégâts. À l’exception de la victime civile du poste météorologie, la B.A.N. ne déplore aucune perte humaine. En ville hélas, la famille d’un autre agent météo a disparu, ainsi que l’épouse de l’officier de garde, l’épouse et deux des trois enfants d’un maître mécanicien, et les trois enfants d’un second maître mécanicien de bord.

 

Alertés à Toulon dans la nuit, le porte-avions La Fayette, six escorteurs de la Marine nationale se rassemblent en baie de Saint-Raphaël. Plus tard d’autres bâtiments apporteront un concours actif au soutien des sinistrés, tandis que 9 HUP-2 et 2 Alouette utilisent le porte-avions comme base et volent sans relâche pour les opérations de secours et de ravitaillement avant de pouvoir utiliser un héliport sommairement aménagé sur la B.A.N. même, à partir du 5 décembre. Ainsi la Marine est rapidement présente pour apporter un précieux concours aux vastes opérations d'aide aux habitants.

Le bilan matériel
Les gros Lancaster rangés en plein air sur la taxiway ont été durement bousculés par le flot mais, hormis le Broussard déjà évoqué, beaucoup d’aéronefs ont bénéficié d’une relative protection parce que rangés sous l’abri du hangar Caquot, le mur nord réduisant l’action du flot qui a pénétré de biais au milieu des avions, chargé de débris divers, troncs d’arbres et branchages arrachés sur son parcours. Dans l’autre
hangar d’aviation au pied du château d’eau, de même orientation, avions et hélicoptères sont plus ou moins endommagés.
La hauteur moyenne du flot étant située à environ 1,30 m, tout équipement qui était situé près du sol doit être profondément nettoyé ou réparé. Seuls deux hélicoptères équipés de flotteurs, une Alouette et un Bell sont indemnes, ainsi que le gros Nord 2504, haut sur pattes. Le parc de la 10.S est sévèrement touché, et l’escadrille doit envoyer en révision de 4e degré, la plus importante, son Broussard survivant
(n° 63/10.S-37), ses 4 TBM et ses 2 Corsair ainsi que les trois Dassault 312 présents sur la base. Un des trois Lancaster proche de la limite de fonctionnement est condamné, les deux autres sont passibles d’une réparation de 4e degré.
Les 6 Nord 1002, "d’un entretien laborieux compensé par leur commodité d’emploi" écrira quelque temps plus tard le commandant,
sont en revanche condamnés, ainsi que le Broussard emporté en mer, dont une aile émerge pathétiquement hors de l’eau. Ce dernier est condamné le 29 février suivant.
La coque du Noroît s'est remplie d'eau boueuse. On saborde  à grands coups de hache le flanc de l'appareil pour en faciliter l'écoulement. Il ne restera plus qu'à l'acheminer vers un ferrailleur.
L’escadrille ne redevient totalement opérationnelle qu’en mars 1960.

Catastrophe de Malpasset - Un hélico - Jean-Pierre Dubois

Évacuation sur un chaland des H-19 de la 58.S dans le port de Saint-Raphaël. Un malencontreux bonnet de marin dissimule le second chiffre du numéro
d’ordre du Sikorsky H-19D3 (à déterminer entre 58.S-16 à 58.S-19). Ces hélicoptères, anciens de la 33.F en Algérie, sont présents à Fréjus
depuis septembre. L’extrados des pales de rotor porte encore les marques de haute visibilité adoptées en Algérie.

 

Catastrophe de Malpasset -  Un avion - Jean-Pierre Dubois

Chargement sur une barge dans le port de Saint-Raphaël du Corsair BuAer 133706/10.S-27.
Peu touché, le chasseur revolera. Il est illustré comme 14.F-10 en 1961, photo parue dans le TU n° 29 de mai 1973.

 

Catastrophe de Malpasset - Alizé - Jean-Pierre Dubois

Évacuation d’un Alizé vers le port Saint-Raphaël et passage sur une installation de fortune. Il s’agit presque certainement du n° 1 de série, à
en juger par la lettre "H" peinte sur le fuselage, un marquage à une seule lettre adopté quelque temps en début de carrière des Alizé.

 

Catastrophe de Malpasset - Avion sur un pont - Jean-Pierre Dubois

Autre vue de transfert routier vers le port de Saint-Raphaël : ici l’Alizé SR-11 de la section prototypes de la CEPA. Il s’agit du prototype 01
avec tuyère basse et radiateur d’huile dans le menton.
Ex F-ZWUC, il sera réformé à Fréjus 10 ans plus tard, certains de ses éléments étant versés à Rochefort pour instruction au sol.

L’évacuation du matériel vers Toulon
Tandis que la ville de Fréjus, durement meurtrie, pleure ses morts et panse les blessures des habitations dévastées, l’Aéronautique navale prend des dispositions pour évacuer vers le port de Saint-Raphaël les avions de tonnage moyen et les hélicoptères. Ils seront ensuite transportés par voie maritime jusque vers les ateliers de la D.C.A.N. de Toulon et ses environs. Des passerelles de fortune permettent aux aéronefs remorqués de franchir coupures et tranchées entre la base de Fréjus et leur point d’embarquement.
Par la suite, le parking du bord de mer, largement détruit, sera reconstruit, le "Caquot" achevé, les réparations nécessaires effectuées. L’auteur de ces lignes, qui a servi dix ans plus tard sur la B.A.N., promue entre-temps "Centre d’expériences" de l’Aéronautique navale, peut témoigner qu’il n’y avait plus de traces matérielles visibles de la catastrophe. En revanche, la lourde tragédie humaine "du Malpasset" s’estompait à peine dans les esprits.

Jean-Pierre Dubois, retraité,  ancien interprète de l'armée

Crédits photo : Marine Nationale - Services techniques du CE Fréjus

 

Commentaires

Catastrophe de Malpasset

Votre exposé est très interessant. Il se trouve que j'étais à la BAN St Raphaël ce soir là. Nous venions de rentrer des cours de pilote qui avaient lieu au "Caquot", nous avons assisté au drame, j'ai entendu le bâtiment de la météo s'écrouler et d'autres maisons aux alentours, on ne pouvait qu'assister depuis les fenêtres impuissant au déferlement des eaux. Le wagon servant d'aumonerie s'est détaché emporté vers la mer. Le marin de garde au caquot tirait en l'air pour qu'on le secoure, des gens étaient emportés à la mer, nous jetions des draps noués par les fen^tres pour qu'ils les attrapent. Ce fut un déluge. Le lendemain c'était la désolation, de la boue partout et surtout des morts, on nous a fait marcher en rang sur le terrain d'aviation pour les retrouver.

L'agent de service météo

L'agent de service météo cette nuit là était mon grand père: BEAUVAIS Bernard, qui habitait Boulouris.
Il a laissé une veuve et deux enfants. Il est enterré à Saint-Raphael.