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Extraits de la circulaire du 14 août 1970 concernant l'inspection et la surveillance des barrages

MINISTERE DU DEVELOPPEMENT INDUSTRIEL ET SCIENTIFIQUE
REPUBLIQUE FRANCAISE
MINISTERE DE L'EQUIPEMENT ET DU LOGEMENT
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MINISTERE DE L'AGRICULTURE
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Inspection et Surveillance des barrages intéressant la Sécurité publique
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Circulaire n° 70/15 du 14.08.1970
Le Ministre du Développement Industriel et Scientifique
Le Ministre de l'Equipement et du Logement
Le Ministre de l'Agriculture
à
- Messieurs les Ingénieurs en Chef des Ponts et Chaussées chargés des Circonscriptions Electriques
- Messieurs les Chefs des Services de Navigation,
- Messieurs les Directeurs Départementaux de l'Equipement (sous-couvert de Messieurs les
Préfets de département),
- Messieurs les Ingénieurs en Chef du Génie Rural, des Eaux et des Forêts - Directeurs Départementaux de l'Agriculture (sous-couvert de Messieurs les Préfets de département)

Les instructions en vigueur concernant l'inspection et la surveillance des barrages intéressant la sécurité publique, sont définies dans une circulaire interministérielle (Travaux Publics et Agriculture) du 20 juillet 1927 qui a été complétée par une circulaire du 20 aoõt 1928.
Ces instructions, qui s'appliquent à tous les barrages quelle que soit leur situation administrative, ont bien rempli leur office. Il est apparu toutefois qu'elles méritaient d'êtres mises à jour pour tenir compte de l'expérience acquise, tant dans notre pays qu'à l'étranger, au cours des 40 dernières années, en matière d'étude, de construction et de surveillance de barrages, ainsi que de l'augmentation considérable du nombre de barrages depuis 1928.

Les principaux compléments et modifications à apporter aux instructions actuelles concernent :

  • la surveillance particulière nécessaire au cours de la première mise en eau complète d'un barrage ;
  • l'emploi d'appareils d'auscultation divers permettant de suivre avec précision le comportement des ouvrages tant pendant la première mise en eau, qu'au cours de leur exploitation ;
  • l'opportunité de procéder à un examen spécial des ouvrages anciens pour lesquels les règles de l'art actuelles diffèrent de façon sensible de celles qui ont été appliquées lors de la construction ;
  • l'opportunité de tenir compte des règles de compétence nouvelles qui résultent du fait que le Ministre du Développement Industriel et Scientifique a succédé au Ministre des Travaux Publics comme Ministre chargé des barrages concédés par application de la loi du 16 octobre 1919, et de ce que le décret n° 62-1448 du 24 novembre 1962 a modifié les attributions respectives du Ministre de l'Equipement et du Logement et du Ministre de l'Agriculture en matière de gestion et de police des cours d'eau ;
  • l'existence du Comité Technique Permanent des Barrages créé par le décret du 13 juin 1966, auquel doivent être soumis tous les projets de barrages d'une hauteur au moins égale à 20 m au-dessus du point le plus bas du terrain naturel ;

...

I - CHAMP D'APPLICATION DE LA CIRCULAIRE
Ces instructions s'appliquent à tous les barrages ou réservoirs artificiels d'eau intéressant la sécurité publique, c'est-à-dire ceux dont la rupture éventuelle aurait des répercussions graves pour les personnes. En tout état de cause, elles s'appliquent aux ouvrages dont les caractéristiques correspondent à celles définies dans les circulaires relatives à la procédure de consultation du Comité Technique Permanent des Barrages.

II - LISTE DES BARRAGES ET RESERVOIRS INTERESSANT LA SECURITE PUBLIQUE
Les Chefs de service devront établir et tenir à jour une liste des barrages intéressant la sécurité publique qu'ils exploitent directement comme appartenant à l'Etat ou dont ils assurent le contrôle.
En outre ils établiront, pour chaque barrage, une fiche indiquant les caractéristiques essentielles de l'ouvrage selon le modèle figurant en annexe. Cette fiche sera remise à jour périodiquement et au moins lors de chaque visite décennale de façon à traduire régulièrement l'évolution des ouvrages en service.
Les fiches modifiées et les fiches relatives à de nouveaux barrages seront adressées régulièrement à l'Administration Centrale.

III - DOSSIER DU SERVICE DU CONTROLE
Le Service du Contrôle devra tenir à jour ou constituer, pour chaque barrage, un dossier où seront réunis tous les documents utiles, notamment le dossier d'exécution, la description des travaux effectués depuis la mise en service, ainsi que l'exposé des faits essentiels survenus pendant la construction, la première mise en eau, et au cours de l'exploitation ultérieure, les comptes-rendus des visites effectuées, les rapports d'auscultation, etc;

IV - DOSSIER DU PROPRIETAIRE OU CONCESSIONNAIRE
Le propriétaire ou concessionnaire devra constituer et tenir à jour un dossier contenant tous les documents relatifs aux ouvrages, et notamment les plans d'exécution détaillés conforme à l'exécution, les relevés de fonds de fouille, les résultats des sondages, les comptes-rendus des investigations géologiques, hydrologiques, géophysiques ou autres, la description des travaux d'entretien et de réparation et les plans des travaux d'amélioration ou de confortement effectués, les plans des dispositifs de surveillance et d'auscultation, ainsi que tous les documents essentiels relatifs à l'exploitation de la retenue (niveaux, débits transités, températures, manoeuvres des ouvrages d'évacuation), les résultats des mesures d'auscultation et les rapports d'interprétation de ces mesures.

V - PREMIERE MISE EN EAU
La première mise en eau constitue une phase essentielle et particulière de la vie du barrage. Le premier remplissage sert d'épreuve et doit permettre de déceler d'éventuelles anomalies. La surveillance des ouvrages pendant cette période doit donc être continue et complète. Les dispositions prévues à cet effet devront être présentées en même temps que le projet de l'ouvrage et approuvées dans les mêmes conditions. Les mesures devront commencer souvent dès le début de la construction. Le Directeur des travaux, chargé de la construction des ouvrages, devra être chargé également de l'exécution et de la surveillance de la première mise en eau. Le Service du Contrôle devra s'assurer que les dispositions prévues et approuvées sont bien appliquées. Les principes généraux à appliquer pour la surveillance pendant la première mise en eau sont indiqués ci-dessous :

Montée du plan d'eau
En vue de permettre un contrôle efficace, la vitesse de montée du plan d'eau est limitée en agissant, au besoin, sur les organes d'évacuation qui doivent être dimensionnés, dans toute la mesure du possible, afin de rester maître de cette montée. De plus, le programme de remplissage prévoit souvent des paliers pour l'exécution de mesures complètes à cote constante du plan d'eau. L'adoption d'appareils de lecture simple (pendules par exemple) et de méthodes de dépouillement rapide (en topographie par exemple), ainsi que la tenue à jour des graphiques des résultats, permettent de limiter la durée de ces paliers et de conserver ainsi de bonnes chances de remplir la retenue sans délai excessif.

Fréquence des mesures
La fréquence des mesures à faire pendant la mise en eau est fixée en fonction de la hauteur du plan d'eau, ces mesures devant être d'autant plus fréquentes que le plan d'eau se rapprochera de la cote de retenue. Le temps intervient aussi pour que les campagnes de mesures ne soient pas trop espacées en cas de montée lente du plan d'eau. C'est ainsi que :

  • deux opérations topographiques ne seront pas séparées de plus d'un mois, et que deux relevés successifs des extensomètres, tubes piézométriques, cellules de pression interstitielle, pendules, drains, fuites ne seront pas séparés de plus d'une semaine.
  • La fréquence des mesures est évidemment augmentée en cas d'anomalies constatées sur l'ouvrage.

A ces mesures s'ajoutent une surveillance visuelle quotidienne de l'ouvrage et des abords (détection des fissures, des venues d'eau), ainsi que le contrôle du bon état de fonctionnement des organes de sécurité (vidanges, évacuateurs de crues).

Consignes en cas d'anomalies sur le barrage
Les consignes à suivre, en cas d'anomalies sur l'ouvrage présentant un risque grave, doivent être précisées avant le début du remplissage;
manoeuvre d'urgence des organes d'évacuation ;
Services et Autorités à prévenir immédiatement (avec indication des numéros de téléphone).

Contrôle de la sécurité du barrage pendant sa première mise en eau
Ce contrôle consiste en une observation à peu près permanente des déformations et des fuites, le critère de sécurité résidant surtout dans la continuité de l'évolution des grandeurs mesurées en fonction du remplissage et dans les résultats de la comparaison de quelques grandeurs simples (déplacements, contraintes, pressions interstitielles) avec les valeurs prévues. Toute évolution anormale d'une des grandeurs représentatives du comportement de l'ouvrage
constitue un signal d'alerte.
Les méthodes de dépouillement rapide permettant un contrôle suivi pendant le remplissage sont à retenir.
La surveillance d'un premier remplissage nécessite ainsi la présence, sur les lieux, d'un personnel compétent capable d'interpréter correctement et immédiatement les résultats des mesures et de déceler toutes anomalies qui surviendraient dans le comportement de l'ouvrage.
Au fur et à mesure de la montée du plan d'eau, le propriétaire ou le concessionnaire fait tenir à jour les graphiques donnant les résultats des mesures et les variations du niveau de la retenue, ainsi qu'un registre relatant les manoeuvres éventuelles des diverses vannes, les événements
extérieurs (crues, séismes, etc...), les incidents constatés (fuites, fissures, etc...).

Fondation
Si, dans le passé, les mesures d'auscultation concernaient presque exclusivement le barrage proprement dit, elles doivent porter aussi désormais sur la fondation.
Les déformations de celle-ci doivent être considérées, notamment pour les ouvrages en béton, comme plus significatives en matière de sécurité que celles du barrage proprement dit.
L'attention doit porter aussi spécialement sur les sous-pressions dans la fondation. Les ouvrages de drainage devront, en particulier, être maintenus en parfait état de fonctionnement.


Surveillance des versants de la retenue

Le périmètre de la retenue devra être inspecté régulièrement afin de s'assurer de la stabilité des versants, ou, s'ils ne sont pas stables, de suivre et de mesurer leur évolution.

Rapport
Le propriétaire ou le concessionnaire devra remettre au Service du Contrôle, dans les six mois de l'achèvement de la première mise en eau, un rapport contenant une analyse détaillée du comportement de l'ouvrage au cours de cette opération et une comparaison du comportement observé avec le comportement prévu.
Les conclusions de ce rapport devront être reprises et complétées dans le rapport annuel visé au § VII pour tenir compte des résultats de la première vidange, puis de l'exploitation statistique des lectures des appareils faites lors de remplissages et de vidanges ultérieurs, l'ouvrage ayant pris progressivement son assiette.

VI - REGISTRE DE L'EXPLOITANT (PROPRIETAIRE OU CONCESSIONNAIRE)
L'exploitant de l'ouvrage tient, dès le commencement de la première mise en eau, dans les locaux occupés les plus proches de l'ouvrage, et hors de portée de toute inondation, un registre sur lequel seront sommairement mentionnés au fur et à mesure, avec indication des dates, les principaux renseignements relatifs à l'exploitation du réservoir (remplissage, vidange, déversement), les manoeuvres de vannes effectuées et les mesures de contrôle faites, les incidents constatés (fuites, fissures), les travaux d'entretien ou de réparation effectués. Le registre devra être examiné et visé par les agents du Service du Contrôle à chacune de leurs visites.

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Toute anomalie importante doit être signalée immédiatement par l'exploitant au Service du Contrôle lorsque le barrage n'appartient pas à l'Etat.
En complément de l'examen immédiat des résultats, les mesures doivent être interprétées par des ingénieurs spécialisés disposant des moyens de calcul convenables, en vue notamment de mettre en évidence l'évolution de l'ouvrage dans le temps et en ayant soin de séparer les phénomènes réversibles, liés aux variations du niveau de la retenue et de la température, des phénomènes irréversibles ou évolutifs.
Ces interprétations sont longues et délicates. Aussi faut-il attacher une grande importance à la surveillance visuelle et aux mesures des fuites (évolution ou apparition de fissures ou de suintements, augmentation brusque ou rapide du débit des fuites, variations rapides des indications des piézomètres), qui permettent de déceler rapidement une détérioration du comportement de l'ouvrage.

Rapport au Service du Contrôle
L'exploitant devra adresser chaque année au Service du Contrôle (lorsque le barrage n'appartient pas à l'Etat) un rapport sur la surveillance et l'auscultation du barrage, donnant unepart des renseignements succincts sur l'exploitation des ouvrages au cours de l'année, sur les incidents constatés et les travaux effectués, et d'autre part, sous forme de graphiques, les résultats des mesures effectuées ainsi que leur interprétation. Ce rapport comportera obligatoirement, tous les deux ans, une analyse approfondie de l'évolution du comportement de l'ouvrage.
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Le Ministre du Développement Industriel et Scientifique, François ORTOLI
Le Ministre de l'Equipement et du Logement, ALBIN-CHALANDON
Le Ministre de l'Agriculture, Jacques DUHAMEL
 
texte intégral sur  www.industrie.gouv.fr
 

Comments

Une sensation étrange

Etant correzien, et proche voisin du barrage de Mareges ( barrage voute mince, par certains aspects assez proche de celui de Malpasset ), j eprouve un melange de malaise et de fascination face a ces "monstres". Passant dans votre belle région, je suis passé voir les ruines de Malpasset. La nuit commencait à tomber, créant l ambiance que vous pouvez imaginer !! J'ai gravi la rive droite ( quand on regarde le barrage en direction de l 'amont ) jusqu'au sommet du barrage. Le silence, pas de vent, un monde minéral, "mort". Et la, j ai remarqué un immense tube rouillé, en porte à faux au dessus du vide sur plusieurs metres ( en fait le garde corps ) Un peu betement, je l'ai remué, et il s'est balancé dans le vide en grincant. Cela a donné une sensation de mouvement, de "vie", a ce lieu, mort depuis si longtemps, qui s'enfoncait dans la nuit. Je ne sais pas si je trouve les bons mots pour vous faire partager ce que j'ai ressenti ce soir là. En tout cas, je depose ce temoignage en hommage aux victimes de cette catastrophe.