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Dans l'autorail Marseille-Nice le 2 décembre 1959 - version intégrale

Motrice de l'autorail Marseille-NiceIl est 21h50, l’autorail X8004 n° 157 reliant Marseille à Nice vient de quitter Puget-sur-Argens. Il file à environ 110 km/h avec approximativement 70 voyageurs à bord. Il descend la rampe qui, depuis Les Arcs, amène la voie ferrée à Fréjus.
Non loin de Fréjus, un disque sur le côté de la voie intime au conducteur, M. Dumontet, l’ordre de « marche à vue », c'est-à-dire au ralenti. A ce moment-là, la voie est libre de tout débris et il n’y a pas d’eau.

Le convoi progresse lentement lorsque Dumontet aperçoit un bidon et un tronc d’arbre couchés sur la voie. Il stoppe aussitôt, descend de la motrice suivi du chef de train M. Filippi, également descendu au moment de l’arrêt.
Les deux hommes s’avancent sur la voie pour constater de visu la situation. C’est alors que les voyageurs, ayant vu depuis le train l’eau arriver par la gauche, poussent des cris qui alertent les 2 cheminots. Ceux-ci font demi-tour, reviennent rapidement et remontent dans la motrice.
L’eau s'avance tel un raz de marée, gagne les voitures et monte rapidement dans celles-ci. Le compartiment des moteurs de la motrice est envahi par les eaux. L’éclairage et le chauffage continuent cependant de fonctionner.
Des voyageurs montent sur les banquettes. Ceux qui n'ont pu y trouver place se hissent tant bien que mal et s'assoient sur les dossiers. Les valises restées au sol sont trempées.
L'eau poursuit sa montée à l'assaut des banquettes. Sous les voitures, cela fait maintenant comme un bruit de moulin. Les voyageurs restent calmes : aucune panique, aucun affolement, mais l'angoisses est bien visible sur tous les visages.
Le contrôleur Toesca et le chef de train se consultent à voix basse. L'accent de Marseille de Dumazer, l’autre chef de train et l'accent niçois de Toesca se donnent la réplique. Toesca réfléchit. Il remarque que l'eau arrive du côté gauche. Il court ouvrir les portières à droite. Le flot s’écoule mais moins vite qu'il n'entre, et le niveau continue de monter. De fait, une poussée vers la droite est perceptible. L'eau tente de soulever les voitures et de les déplacer vers les jardins potagers changés en étang, à droite de la voie.
Se souvenant que la motrice est plus lourde que les autres fourgons, et par là même moins facile à ébranler, Toesca décide alors avec Dumazer de transborder les voyageurs dans la motrice.
Pataugeant dans l'eau, ils vont décrocher le marteau et la hache de secours peints en rouge, et, sous les regards anxieux des voyageurs grimpés sur leurs perchoirs, ils font voler les vitres en éclat. Ils arrachent les derniers éclats et les jettent à l'eau. Les manches de leurs uniformes sont tachées de sang.
Les voyageurs viennent, l’un après l’autre, se regrouper autour des moteurs. Il faut aider jeunes et vieux, hommes et femmes à passer par les fenêtres, à mettre le pied sur un tampon, puis sur l'autre et à entrer par la fenêtre d'en face. Tout cela sans perdre de temps car les remorques tanguent dangereusement.
Comme il y a des petits enfants trempés de boue, Filippi et Dumontet arrachent les rideaux et les frictionnent. Et puis il y a une vieille dame qu'il faut porter ainsi qu’un mutilé.
Une fois tous les passagers évacués, alors que Toesca s’apprête à passer de la deuxième à la première remorque, il y a soudain rupture d'attelage et les deux dernières voitures sont emportées. Il les voit qui s'en vont doucement à la dérive. Elles s'éloignent, dévalent le ballast, glissent sur l'étendue noire, s'arrêtent enfin au milieu du flot, fichées dans la boue.
Toesca aperçoit alors deux voyageurs, un civil M. Thenin et un militaire, dans la voiture de queue, qui étaient retournés à son insu dans le fourgon chercher leurs bagages. Ils font de grands gestes affolés.
Du côté des remorques encore sur la voie, une étrange guirlande sort de l'eau : ce sont des rails arrachés par la vague et tordus par elle en forme de tire-bouchon.
Un automobiliste, venu à la nage, sa voiture ayant été renversée par le flot, rejoint la motrice et annonce aux passagers consternés l’effroyable nouvelle de la catastrophe qu’ils ignoraient encore.
Au total, l'eau n'a cessé de monter pendant plus d'une 1/2 heure, ensuite après la lente diminution du niveau, le chef de train Filippi et le contrôleur Dumont partent en avant vers Fréjus pour donner l'alerte, mais ils doivent rebrousser chemin à l'endroit où coule le Reyran.
Alors, dans le lointain, résonne le flic-flac d'une troupe en marche dans la boue : ce sont les soldats de la Coloniale qui arrivent. Un ronflement de moteur les accompagne : c'est un bulldozer qui dégage la route devant eux. Un autocar vide et une ambulance avancent au pas derrière lui.
Une fois sur place, un petit groupe de soldats s’attèle immédiatement à repêcher les deux voyageurs d’une des remorques en dérive.
Le maire du Muy arrive pour organiser les secours et Toesca lui remet une liste des voyageurs pour prévenir le docteur Nègre de l’hôpital Jean-Louis à Fréjus, pour lequel la boîte de secours a été déplombée. Il donne les premiers soins à M. Thenin et à ses sauveteurs militaires, à Mme Lieutaux,  à Filippi et à Toesca ; le docteur est lui-même blessé à la main.
D’autres rideaux sont arrachés pour essuyer et frictionner énergiquement les personnes tombées à l'eau.
Une fois la route dégagée par le bulldozer, Thenin, le plus gravement touché, prend place dans l’ambulance. Ensuite les cheminots organisent l'évacuation des voyageurs en donnant la priorité à une famille avec enfants, au mutilé, aux personnes âgées et aux dames.
Les voyageurs et leurs bagages à main prennent place dans les camions militaires, quelques voitures et  le car.
Chacun des voyageurs a pu récupérer ses bagages à main dans l'autorail.
Les cheminots restent dans l'autorail pour s'occuper des bagages.
Toesca accompagne les voyageurs jusqu'à la mairie du Muy, où boissons chaudes et casse-croûte sont servis. Quelques personnes partent par leurs propres moyens vers St-Raphaël et la région, d'autres restent au Muy.
Le maire du Muy fait placer les 51 voyageurs devant se rendre vers Cannes et Nice dans un car de la Société des Autorails réunis de Draguignan. Le départ est fixé à 5 h 20 avec passage en gare de Cannes à 7 h 45 et arrivée en gare de Nice-Ville à 8 h 50.
Le maire du Muy demande à Toesca de prévenir les voyageurs d'avoir à régler au chauffeur du car le prix du parcours, soit 300 francs pour Cannes et 540 francs pour Nice. Toesca annote sur les titres de parcours S.N.C.F. des voyageurs le montant de la somme réglée et son n° de pince CR-R 26. Avant le départ du Muy, M. Magnan, inspecteur S.N.C.F. de Toulon, lui demande de relever le nom des personnes blessées ou ayant égaré des bagages à main.
 

Commentaires

Bonjour, Puis je vous inviter

Bonjour,

Puis je vous inviter à jeter un coup d'oeil au X2804 de passage à Eygurande Merlines, sous la livrée TER Limousin, récemment ... Videos 2 et 3 :

http://trainsagogo.blogspot.com/

Cordialement

Merci pour ce lien, nous allons nous y attarder

Merci pour ce lien, nous allons nous y attarder avec plaisir.

C'est avec beaucoup d'émotion

C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu le récit se rapportant au train 157 du 2 décembre 1959.
Pour ce que je sais de l'histoire de ce train des passagers et de ses cheminots, tout est parfaitement exact !
J'ai eu la chance de rencontrer l'un de ces cheminots il y a quelques mois. "Je n'ai fait que mon devoir."

J'ose vous dire que le train était assuré par l'autorail X 2804 et trois remorques unifiées XR 7500. Cet autorail unifié tous services de 825 ch est visible dans son état final "bleu d'Auvergne" à l'Ecomusée du Haut-Pays à Breil/Roya dans les Alpes Marimes, sur la ligne de Nice à Cuneo par le col de tende, parmi une bien belle collection, dont des remorques très proches de celles que tirait l'autorail.
BRAVO POUR VOTRE SITE

Nous vous remercions pour ces

Nous vous remercions pour ces précisions. La photo nous été transmise par un responsable de l'Ecomusée auquel vous faites référence.

petite erreur dans la première ligne

petite erreur dans la première ligne, le X 2804 (qui était tout neuf au moment des événements) n'est pas un autorail "panoramique", mais un "U 825", sans autre nom de modèle. Les panoramiques, ce sont d'autres types d'autorails, les X 4200, qui sont à deux niveaux. Ils ne se ressemblent pas. Pour plus de précision, consulter Wikipédia avec les articles X 2800, et X 4200. Sinon, il y a un autre récit, il me semble sur un site d'amateurs des autorails X 2800, mais je ne le retrouve pas. Bien cordialement,

Merci pour cette information,

Merci pour cette information, nous avons effectué la correction.